Des pyramides de Gizeh en Egypte à la grande moquée de Djenné au Mali, la liste des édifices anciens remarquables attitrant des milliers de touristes chaque année est longue. Elle ne cesse d’ailleurs de s’agrandir depuis l’élargissement de la notion de patrimoine aux milieux naturels, aux cultures et aux métiers entre la fin du XXe siècle et le début du XXIe avec les conventions de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) de 1972 et de 2003. Il en résulte une interrogation sur ce qu’est un patrimoine. A-t-elle une origine ? Qui est habilité à le définir ou le créer ? Quels sont les outils et moyens de protection du patrimoine ? En s’appuyant sur l’historique en France, cet article a pour but de faire découvrir les notions clés qui permette d’avoir une perspective d’ensemble sur ce qu’est un patrimoine.
1. Origine
Les origines du patrimoine restent difficiles à définir. Même si les premières instructions françaises remontent à la révolution, on image bien que de tout temps, les peuples et civilisations du monde entier comprenaient implicitement le patrimoine. Ils le vivaient. C’est bien grâce ça que nous sont parvenus des monuments comme le parthénon en Grèce construit entre 447 et 432 av. JC ou les dolmens dont les plus anciens remontent à plusieurs millénaires av. JC. C’est aussi le cas au Mali, où la grande mosquée de Djenné refait peau neuve annuellement depuis un siècle avec des populations qui prennent d’assaut les murs et toitures de l’édifices, dans les chants et la bonne humeur. Ceci dit, le temps qui passe et les conséquences des avancées technologiques contribuent à l’abandon, à la dégradation et à la disparition de bâtisses anciennes remarquables. Il était donc nécessaire de créer un cadre réglementaire. Mais en France, c’est d’abord dans la frénésie de la révolution que vont naître les premières instructions afin de protéger les grands monuments, perçus comme des symboles de l’Ancien Régime (Ollivier & Agence Hemis, 2013). La commission des monuments est donc créée en 1790. En 1831, Ludovic Vitet se voit confier le nouveau poste d’inspecteur des monuments et doit à ce titre procéder à un inventaire d’édifices détruits et d’édifices à conserver. Au fils des ans des opérations de préservation s’enchainent et l’un de ses principaux acteurs se nomme Violet-Le-Duc avec, entre autres, la restauration de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Mais la première loi de protection du patrimoine ne verra le jour qu’en 1913. Il y aura ensuite en 1946 la création des Architectes des Bâtiments de France (ABF). Ce groupe d’experts chargés de questions patrimoniales apportent leur validation ou non à des opérations de construction dans les servitudes des monuments historiques lors des demandes de permis de construire. La création de la ZPPAU par la loi Malraux en 1983 sera un tournant marquant qui introduit la notion de secteur sauvegardé. Son objectif : sauvegarder les centres anciens tous en les adaptant aux besoins de la vie contemporaine. La prise en compte du paysage comme élément à protéger se concrétisera avec la création de la ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) qui évoluera plus tard en AVAP (Aire de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine) (Ollivier & Agence Hemis, Ibid.). Avec la ratification de la France trois ans après la convention de 2003 de l’UNESCO sur le Patrimoine Culturel Immatériel, un regard nouveau sera porté sur la dimension non solide, non physique du patrimoine. Plusieurs coutumes, expressions ou métiers feront donc leur apparition dans la grande famille des Patrimoines comme les savoir-faire de la mécanique horlogère, ou encore la vannerie du vacoa.
2. Définitions et enjeux
L’UNESCO, dans sa convention du 16 novembre 1972[1], définit : « le patrimoine est l’héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir. Nos patrimoines culturel et naturel sont deux sources irremplaçables de vie et d’inspiration. » L’institution distingue ainsi deux grandes catégories de patrimoines : culturel et naturel. Le patrimoine culturel représente les monuments, les ensembles et les sites ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, artistique, scientifique, esthétique, ethnologique ou anthropologique (Planchet et al., 2018). Il faut noter que la notion de patrimoine culturel a fortement évolué avec la prise en compte du patrimoine culturel immatériel (PCI) depuis la Convention pour la sauvegarde du PCI par la Conférence générale de l’UNESCO en octobre 2003 (Bodolec, s. d.). Le patrimoine culturel immatériel désigne « les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel »[2]. Le patrimoine naturel, quant à lui, correspond aux monuments naturels, formations géologiques et physiographiques, sites naturels ou zones naturels strictement délimitées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’esthétique, de la science, de la conservation ou de la beauté naturelle (Planchet et al., 2018).
Les biens patrimoniaux étant souvent très anciens, et donc fragiles en général, il est important de les prémunir des dégradations liées aux temps, aux activités humaines et aux conflits armés. Le patrimoine représente bien souvent un ancrage ou un bien identitaire à travers lequel la communauté se définit, regarde son passé avec fierté pour orienter et définir son présent et son futur. Le patrimoine est donc un héritage qui s’accepte et devient un bien collectif à entretenir. Il a donc une dimension sociale dans le sens où il fédère les peuples. C’est aussi une source de connaissances, de savoir-faire et d’inspiration intarissables pour la création contemporaine et les générations futures. En effet, quel que soit le domaine (sport, médecine, construction, etc.), les avancées techniques et technologiques actuelles ne se sont-elles pas érigées sur des connaissances elles-mêmes validées par des expériences et pratiques anciennes, parfois centenaires ? Enfin le patrimoine contribue au renforcement de l’économie locale. Le tourisme patrimonial génère annuellement en France 15 milliards d’euros de retombées économiques[3] (Direction générale des patrimoines et al., 2018). C’est donc un levier économique important tant pour la préservation du patrimoine que pour le développement économique de la communauté.
3. Protéger un patrimoine
Le souci de la préservation du patrimoine s’est de plus en plus intensifié durant la fin du siècle dernier. Après plusieurs années d’opposition d’idées durant le XIXe siècle entre ceux qui défendaient le principe d’une non intervention ou de l’intervention au strict minimum sur le patrimoine d’une part (Rodin, Ruskin, Mérimée), et ceux qui préconisaient la sauvegarde par intervention sur l’existant d’autre part (Viollet-Le-Duc), presque tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait qu’il faille analyser au cas par cas la culture et le contexte du lieu afin de définir le mode d’intervention judicieux selon le patrimoine considéré (Berndt et al., 2017). Un patrimoine peut donc être conservé, entretenu, restauré, transformé ou rénové.
Plusieurs stratégies et outils sont mis en place par chaque pays, pour préserver et mettre en valeur son patrimoine En suisse par exemple, le plan de zones ou plan d’affectation est un outils qui permet entre autres la définition de « zones protégées sur des périmètres ou ensembles ayant une valeur digne de protection » (Berndt et al., 2017). En France, l’AVAP créée par la loi Grenelle II (2010) qui est une évolution de la ZPPAUP vise la valorisation du patrimoine bâti et des espaces tout en prenant en compte les enjeux de développement durable. Sans être exhaustif on peut également citer le Secteur Sauvegardé, le PNRQAD (Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradé), le PSMV (Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur), etc.
Pour conclure, le patrimoine est un bien commun hérité dans générations antérieures. Il peut être physique avec des éléments matériels tels quels des bâtiments ou des forêts, ou intangible dans le cas par exemple des rites, des danses ou des métiers transmis de génération en génération. Il est important de reconnaître et d’entretenir le patrimoine car il revêt des dimensions sociale et économique, en plus d’être une source d’inspiration et d’apprentissage pour les générations à venir. Chaque communauté détentrice d’un patrimoine met donc en œuvre avec les recommandations de l’UNESCO les outils et moyens nécessaires pour sa préservation.
Références
Berndt, D., Rinquet, L., & Joss, F. (2017). Le management du projet de construction (Presses Polytechniques Romandes). 530 p.
Bodolec, C. (s. d.). Le patrimoine culturel immatériel : Enjeux quotidiens et internationaux. 10 p.
Direction générale des patrimoines, Groupe Caisse des dépôts (France), & Direction générale des entreprises (2014- …). (2018). Valorisation touristique des monuments historiques. DGE. 20 p.
Ollivier, P. & Agence Hemis. (2013). Patrimoines, l’histoire en mouvement. Privat. 320 p.
Planchet, P., Goujon, Y., Cruchon, J., & Jacq-Moreau, S. (2018). Code pratique du patrimoine et de l’intervention sur le bâti existant. 780 p.
[1] Convention concernant la protection du patrimoine culturel et naturel, Unesco, Paris, 16 novembre 1972.
[2] Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée par l’UNESCO en 2003
[3] Agence Régionale du Patrimoine PACA, Étude nationale des retombées économiques et sociales du patrimoine, 2009.
Images
Stonehenge – Image par Wallula de Pixabay
Mont Saint Michel et sa baie inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO – Image par Ridoe de Pixabay
Alpinisme, patrimoine culturel immatériel (France, Italie, Suisse) – Image par Kanenori de Pixabay
Mosquée de style traditionnelle au Mali – Image par Stefania Buletti de Pixabay
